En France, une floraison de guides du pèlerin de Saint-Jacques sur la voie de Vézelay :
- F.F.R.P., GR 654. Sentier vers Saint-Jacques-de-Compostelle via Vézelay, Topo-guide réf. 6542, Fédération Française de la Randonnée Pédestre, Paris, juin 2004, 272 p. (14,95 €) - ISBN 2-7514-0023-X
- Lepère François, Sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. La via Lemovicensis Vézelay - Limoges - Roncevaux, Lepère éditions, Paris, 2e édition mars 2004, 249 p., 60 cartes. (22,00 €) - ISBN 2-915156-05-0
- Grégoire Jean-Yves, Véron Jacqueline et Véron Georges, Le chemin de Vézelay vers Saint-Jacques-de- Compostelle, Association de Coopération Interrégionale Les chemins de Saint-Jacques de Compostelle et Rando éditions, Luçon, avril 2004, 200 p. (22,50 €) - ISBN 2-84182-223-0
- Chassain Monique et Jean-Charles, Itinéraire du Pèlerin de Saint-Jacques. Voie historique de Vézelay, Association des Amis de Saint-Jacques de la Voie de Vézelay, Vézelay, 2e édition, janvier 2003. Dossier comprenant un fascicule de présentation de l’itinéraire, XXIX p. ; les fiches descriptives des étapes, 138 p. ; les cartes des étapes, 115 p. ; un fascicule : COLL. (sous la direction de Monique et Jean-Charles CHASSAIN), Itinéraire du Pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle. Voie historique de Vézelay. Pèlerinage. Histoire et Monuments, 61 p. (30,00 €) - ISBN 2-906030-76-7
Les années 2003-2004 ont vu paraître en France pas moins de quatre guides du pèlerin de Saint-Jacques afin de permettre à ceux qui décident de prendre le Chemin de suivre l’itinéraire communément désigné comme la voie de Vézelay. Ces quatre guides, d’un intérêt ou d’une qualité variables, qui auraient pu constituer un florilège sur le sujet, reflètent parfaitement quatre approches de ce cheminement, élaborées par leurs concepteurs ou leurs rédacteurs. S’ils suivent, bien sûr, tous, globalement, le même axe de direction, ils ne suivent pas, pour de bonnes raisons défendues par chacun, exactement le même itinéraire. Ce qui, à leur lecture, n’a rien de surprenant. Comme le rappellent Jacqueline et Georges Véron, les motivations de ceux qui prennent le chemin aujourd’hui sont multiples et diverses : concrétisation d¹une croyance religieuse établie, expression d’une quête spirituelle, besoin d’un ressourcement, besoin d’un autre rythme de vie, recherche de racines communes, recherche de liens et de rencontres avec nos semblables, effort sur soi pour parfaire son identité ou curiosité culturelle pour l’art et l’histoire.
Le guide de la Fédération Française de la Randonnée Pédestre propose un itinéraire sur fond de carte IGN au 1/50.000e qui se calque très logiquement et uniquement sur le balisage des sentiers de Grande Randonnée ®, ici le GR 654 de Vézelay à Montréal-du-Gers avec la variante de ce même sentier, dite variante de Clamecy, de Vézelay à un croisement non loin de Varzy. Le GR 654 rejoint à Montréal-du-Gers le GR 65 (dit de la voie du Puy) qui continue jusqu’à Saint-Jean-Pied-de-Port.
Ce tracé par les GR s’écarte assez largement de l’itinéraire jacquaire que l’on pourrait dire « classique » et les hébergements proposés se font rarement dans des refuges pèlerins. Dès lors, l’évocation de la voie de Vézelay n’apparaît que comme un prétexte de randonnée sur cet itinéraire. On est assez loin d’une démarche où s’exprime la foi du pèlerin… Les informations sur l’hébergement voulant, elles aussi, coller au sentier GR, sont trop lacunaires pour être réellement fonctionnelles et pratiques pour un pèlerin. Le papier glacé, la qualité professionnelle de la mise en page et l’iconographie toute en couleur en font cependant un ouvrage simplement agréable à consulter.
Pour François Lepère, les chemins de Saint-Jacques sont, en quelque sorte, depuis longtemps son fond de commerce. Ce guide, qui est présenté comme la réédition corrigée et totalement revue du 1er guide officiel du chemin de Vézelay, est le septième que l’auteur propose sur les différents chemins de Compostelle. Et pour toucher un maximum de lecteurs, il considère que ses utilisateurs sont des pèlerins/randonneurs, un hybride pas très subtil entre deux conceptions assez fondamentalement différentes de la marche sur le Chemin, qu’ils soient cyclistes ou marcheurs. Notons au passage que très vite seul le terme randonneur devient prépondérant. Cela induit, au travers de 36 étapes, des itinéraires variables en fonction de la solution de parcours choisie, pas toujours discernables sur certaines des cartes en raison des couleurs d¹encres choisies, insuffisamment différenciées… (cartes 1, 2 ou 4, etc), et même des raccourcis pour ceux qui ne voudraient pas suivre le chemin historique… La partie historique et l’étude du patrimoine jacquaire sont, hélas, des plus superficielles.
Si l’on s’arrête à la conception même de l’ouvrage, certains points ont de quoi surprendre. C’est en effet un ouvrage qui « s’auto-détruit » en découpant chaque page, à chaque étape de la randonnée !!! La qualité du papier est médiocre et les illustrations sont rares et de mauvaise qualité. Ne parlons pas de l’orthographe !!! De grâce, M. Lepère, relisez ou faites relire vos épreuves d’imprimerie avant de faire imprimer vos ouvrages ; c’est le minimum de respect que vous devez à vos lecteurs. Au hasard des pages, on découvre la salle capillaire, à côté de l’église de Saint-Astier, l’extraction de la chaud ou la rivière Isle en restauration (sic) (p. 174). La partie cartographique, sur fond de carte IGN au 1/100.000e, a de quoi surprendre. Se succèdent de petits morceaux de cartes, pas toujours dans l’ordre de lecture, pour faire une mise en page d’un cahier couleur final, à l’économie, où le randonneur doit tourner le livre dans tous les sens pour trouver le sens de lecture !!! Et ce n’est pas le guide le moins cher sur le marché… Jean-Yves Grégoire et Jacqueline et Georges Véron, dans leur ouvrage publié avec le concours de l’Association de Coopération Interrégionale Les chemins de Saint-Jacques de Compostelle, le soutien des régions Midi-Pyrénées, Aquitaine et Languedoc-Roussillon, et de la ville de Toulouse, proposent aux cheminants (curieux néologisme créé par les auteurs pour se démarquer, pour quelque obscure raison, du terme historique et logique de pèlerin) le cheminement au plus court, mêlant sentes et sentiers, ou des itinéraires balisés par d’autres associations ou organismes que ceux qui ont concouru à l’édition du guide. Et de proposer des portions de GR (balisés par la FFRP), des traversées de villes balisées au sol de coquilles de bronze (installées par l’Association des Amis de Saint-Jacques et d’Etudes compostellanes de la voie de Vézelay qui a l’exclusivité de leur diffusion sur la France), des chemins ou des petites départementales fléchés du logo de l’Itinéraire Culturel Européen (balisés par la même association et les associations jacquaires des régions et départements traversés)… au travers de 38 étapes allant de 10 à 33 km.
Le guide, agréablement illustré, qui se voudrait pratique, privilégie l’anecdote pour évoquer les lieux visités et les monuments rencontrés, multiplie les renseignements pratiques concernant les commerces et les hébergements, mais les cartes schématiques de chaque étape contraignent le pèlerin à emporter et à utiliser en parallèle les cartes IGN plus précises.
Bien qu’étant le premier guide paru de la série évoquée ici, la seconde édition (la 1re étant parue en 2000) revue et augmentée de l’Itinéraire du Pèlerin de Saint-Jacques-de-Compostelle sur la voie historique de Vézelay, de Monique et Jean-Charles Chassain, au titre de l’Association des Amis de Saint-Jacques et d’Etudes Compostellanes de la voie de Vézelay, pourrait apparaître, à première vue, comme l’aboutissement des approches évoquées précédemment. L’itinéraire, rédigé par des pèlerins pour des pèlerins, se veut pratique, fonctionnel et exhaustif ; et il l’est… Il est en effet conçu sous forme de fiches, autant pour les itinéraires de chacune des 36 étapes que pour les cartes réalisées sur fond de cartes IGN au 1/50.000e et portant les signes d’une dizaine de types possibles d¹hébergement (du refuge pèlerin aménagé par l’Association à la chambre de pèlerin chez des particuliers en passant par le presbytère, la salle polyvalente municipale, le petit hôtel de campagne, la chambre d’hôte, le gîte ou le camping). Ces fiches peuvent être placées chaque jour dans une pochette plastique transparente facilement consultable, à porter autour du cou. Les itinéraires sont détaillés, les renseignements pratiques (adresses et téléphones d’hébergements, d’auberges ou de restaurants) sont multiples.
L’itinéraire se veut par ailleurs d¹une véritable richesse culturelle au travers d’un fascicule d’une soixantaine de pages proposant une information et une réflexion historique sur la spiritualité du pèlerinage à Saint-Jacques (Nicole Bériou) ou sur certains des monuments du chemin (Raymond Oursel, Pierre Haasé et Martine Tandeau de Marsac). En effet, comme le souligne les auteurs, l’itinéraire pèlerin n’est pas un simple itinéraire de randonnées pittoresques et campagnardes, mais est aussi l’expression d’un voyage personnel et intérieur. Et d’adjoindre une bibliographie de livres ou d’articles de plus de 200 titres…
Pourquoi ce choix d’appellation voie historique de Vézelay pour cet Itinéraire du pèlerin ? Parce qu’elle suit les étapes indiquées par Aimery Picaud, oui. La carte établie par René de La Coste-Messelière et la Société française des Amis de Saint-Jacques et son Centre européen d’études compostellanes en 1985 ne fait que reprendre ces données. Dans le détail cependant, certains des points de passage intermédiaire proposés par le même auteur, sans que l’on en connaisse toujours la justification, nous paraissent aujourd’hui plus problématiques, parfois convenus pour des raisons étrangères au témoignage historique. Les méthodes d’études ont progressé, de nouveaux documents sont sortis des archives, le sujet mérite aujourd’hui de nouvelles recherches.
Cette voie historique n’est pas un tracé unique qui, pour aller au plus court et pérégriner au plus près, ne supporte pas de variantes. Heureusement le guide en témoigne à l’occasion, répondant à la réalité historique du cheminement du pèlerin entre deux étapes attestées (grandes ou petites) de cet itinéraire et proposant, dès le départ, les deux branches attestées, nord par Bourges et sud par Nevers. Si le guide du pèlerin d’Aimery Picaud retient une série d’étapes obligées, il ne donne aucune indication du temps à prévoir pour les rejoindre.
Au gré des informations glanées par le pèlerin et en fonction de la proximité d’un sanctuaire possédant quelque insigne relique, le pèlerin s’écartera de son itinéraire initial pour le rejoindre un peu plus loin. Sont ainsi signalés dans le guides les monastères, d’une part, tous les sanctuaires de pèlerinage anciens ou nouveaux et les reliques d’autre part, rencontrés sur ou à proximité du chemin, en fait tous renseignements à caractère religieux, offrant ainsi la possibilité de pérégriner « à l’ancienne mode » de sanctuaires en sanctuaires. Les notions de temps et de distance n’ont pas de sens réels pour le pèlerin du Moyen Age, et surtout pas le sens que nous lui donnons aujourd’hui.
Ainsi donc, cette évocation des quatre guides du pèlerin parus concernant la voie de Vézelay est bien le reflet des différentes conceptions de la pratique de cet itinéraire mais aussi des visions que l’on en a comme des possibilités d’exploitation (commerciale plutôt que culturelle) que les éditeurs en espèrent.
En fonction de sa sensibilité, de sa curiosité touristique ou de sa foi, chacun trouvera, plus ou moins, de quoi transformer son parcours en une sorte de simple exploit sportif ou, plus intimement, en marche pèlerine. A chacun de faire le bon choix en fonction de l’objectif projeté.
professeur d’histoire, diplômé de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales,
membre du conseil assesseur de la revue Iacobus.
Revue des études jacquaires et médiévales.