Vous avez dit DONATIVO ?
En France, sur la via Podiensis que j’ai parcourue en 2009, ce terme est employé par les hospitaliers. Cela touche des gîtes à caractères religieux. On le trouve également ponctuellement en traversant des petits hameaux (haltes-réconfort, avec boissons, biscuits et fruits), et dans des accueils jacquaires le long du chemin. A ma connaissance, la chaine d’accueil sur le chemin d’Arles le pratique largement. Enfin en Espagne sur le Camino Francès, j’ai rencontré cette formule dans des gîtes religieux, certains restaurants pour pèlerins, surtout lorsqu’on pénètre profondément vers l’Ouest.
Comment un pèlerin doit-il le comprendre ?
D’après l’HARRAPS Français-Espagnol : « m., don, présent » Dans l’acception traditionnelle, cela signifie qu’aucun tarif n’est fixé. C’est à chacun avec un peu de bon sens de déposer selon ses moyens et selon la perception qu’il a de l’accueil une somme, donc un don, en adéquation. Cette libre participation est un choix de la part de ces structures qui souhaitent maintenir un accueil pour tous les pèlerins qui se présentent sans provoquer un blocage tarifaire. C’est aussi une façon pour beaucoup de vivre leur foi en étant sur le chemin. Cette libre participation permet d’assurer l’entretien du gîte et de couvrir les frais. Donc dans tous les cas ce n’est pas synonyme de gratuité, comme de plus en plus le comprennent, ou même de tarif réduit. Jusqu’au début des années 2000, beaucoup d’albergues espagnoles proposaient cette formule. Mais comme toujours ce donativo a entraîné des abus et certains ont trop profité de ce chemin de vacances où on pouvait se loger et manger gratuitement. C’est bien pourquoi ce donativo se perd même en Espagne. La survie de ce système n’est assurée que si chacun donne à sa mesure.
J’ai à l’esprit des exemples de pèlerins cheminant avec moi en Espagne, qui le soir lors d’étapes donativo, donnaient beaucoup moins que la moyenne des prix qu’ils avaient accepté de payer dans les gîtes précédents alors que tout laissait penser qu’ils en avaient les moyens. C’est aussi ce que ressentent les hospitaliers de notre chaîne d’accueil destinée aux cheminants allant vers Santiago ou ceux allant vers Rome sur le GR 653A. Combien racontent qu’au moment du départ, l’hébergé quitte les lieux sans même poser une question sur cet aspect financier. Profiteurs, inconscients, assistés, esprits bohême ou autres ?
Je connais un monastère à Nevers, situé sur la via Lemovicensis, où se produisent régulièrement les mêmes faits. C’est probablement un signe de notre époque et c’est bien regrettable… C’est notre mission de corriger cette dérive en informant et en ne manquant pas de faire élégamment des remarques au bon moment.
Philippe Patureau Président de l’association Saint-Jacques Alpilles