vendredi 30 mai 2008 — Dernier ajout vendredi 5 février 2010

Poèmes pélerins

Six poèmes « pèlerins » sur la voie historique de Vézelay fruits de l’accueil pèlerin à domicile de Baugy (Cher).

Nous sommes heureux, mon épouse et moi-même, de recevoir des convives à dîner qui ont souvent plein d’anecdotes à nous conter et nous font voyager avec eux dans des pays parfois lointains.

par le Docteur Louis Thibaudin, accueillant

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L’Ane du Pèlerin

Des frontières de la Belgique
Nous arrive, un peu magique
En notre bourg berrichon,
Un trotte-menu Cadichon.
 
Il ne tient plus guère la forme
En arrivant rue des Ormes,
Sous la charge il ploie les reins,
En suivant son pèlerin,
 
Un blond du nord athlétique
Aux manières sympathiques
Contant, sans faire le vantard,
Ses succès et avatars.
 
Au pré du vétérinaire
Notre âne retrouve son bon air,
Gentiment croquignolet
Dans une herbe à serpolet.
 
Et demain, dans la froidure
D’un printemps maussade qui dure,
Il reprendra son train-train
Avec son grand pèlerin.
 
Sur la route de Compostelle
Puisse, des pièges accidentels,
Le bon Saint Jacques éloigner
Ce doux âne et son ânier.
 
25 mai 2006 - Ludovicus

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Le Bon Père

Ce costaud à barbe blanche
Arrivant de Vézelay,
Avec rires en avalanche,
Des impressionnants mollets,
 
Une gueule fort débonnaire
Et des biceps colossaux,
C’était un Père Missionnaire
Venu du Mato Grosso,
 
Un petit coin de planète
Au nord-ouest du Brésil,
Du 35 sur la binette
Plutôt que froid et grésil.
 
Il venait de son Irlande
Pays où il était né,
A travers collines et landes,
Loin des chemins goudronnés.
 
Puis ayant passé la Manche
Et débarqué à Cherbourg,
En cette veille de dimanche
Il était dans notre bourg.
 
Ce jour là, la canicule
Remplaçait d’un coup l’hiver,
On dîna au crépuscule
Dans le jardin encore vert.
 
Il connaissait plusieurs langues
Dont bien sûr le portugais,
Quand il contait ses harangues
Nous nous sentions plutôt gais !
 
De toutes ses gentillesses, celle
Qui nous toucha fort, ce fut
De vouloir faire la vaisselle
Malgré d’abord nos refus.
 
Il repartit à la fraîche
Après le chaud des adieux,
Petit Jésus de la crèche,
Protégez cet homme de Dieu.
 
Juin 2006 - Ludo

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Cadichonne

Sur le chemin de Compostelle
Trois pèlerines composent-elles
En leur jeune âge, assurément
Un tableautin des plus charmants,
Et lorsqu’une fringante ânesse
Trotte d’un pas tout en finesse
A leur côté, c’est du piquant
Qui réjouit bien des cœurs, et quand
En fin d’étape c’est la pause,
Un esprit imaginatif suppose
Qu’elle pourrait donner du bon lait
Comme jadis, quand brinquebalait
La litière où, sur ses domaines,
Poppée, impératrice romaine,
Avec délices se préparait
A se plonger dans le bain frais
Formé du lait de cent ânesses
Qui lui maintenait sa jeunesse…
Sur la route de Santiago,
Puisse un rimeur aux madrigaux
Assez souvent d’humeur rieuse
La leur entretenir joyeuse …
Et qu’elles gardent jusqu’à la fin
De leurs vertus le doux parfum.
 
En ce neuf du mois d’août 2006 - Ludovicus

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Pèlerin de souffrances

Il nous dit que sur la pierraille
Il sautille comme un vif oiseau
Malgré un kilo de ferraille
Vissée sur ses malheureux os.
 
Sur une voie autoroutière,
Par un tas d’acier enserrée
Sa pauvre carcasse tout entière
Dut être désincarcérée,
 
A cause d’un chauffard imbécile,
Qui largement pris de boisson,
Trouva agréable et facile
De lui faire une queue de poisson.
 
L’ambulancier crut à cette heure
Qu’il passait de vie à trépas,
Mais non ! Un excellent docteur
Le sortit de ce mauvais pas.
 
Au plus profond de sa misère,
Il jura que s’il s’en tirait,
En égrenant son Saint Rosaire
Jusqu’à Compostelle il irait.
 
Il eut bien du mal à s’y mettre
Mais c’est gagné pour l’essentiel,
Il abat ses trente kilomètres
Chaque jour en remerciant le ciel.
 
Il boite, il penche, parfois il verse
En se traitant de vieux connard,
Quand sur la boue il pleut à verse
Il marche en crabe ou en canard.
 
Malgré les obstacles, il s’entête
Et finit parfois épuisé,
Tout se déroule dans la tête
Pour un polytraumatisé.
 
Et nous …l’écoutons en silence
Raconter son chemin de croix,
Un handicapé qui se lance
En telle aventure est un Roi.
 
Mai 2006 - Ludovicus

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Un pèlerin Venu de Paris

Par un hasard providentiel,
Comme s’il était tombé du ciel
C’est dans la cour du presbytère
Où il attendait solitaire,
Qu’une paroissienne le trouva
Et que chez nous il arriva.
Il étudiait à la Sorbonne
Où l’atmosphère n’était pas bonne
A cause du trop fameux Contrat
Première embauche et … patatras !
Par les grévistes furent occultées
Les portes de la Faculté,
Plus de cours de philosophie.
 
Lors, il se lança un défi :
Endosser un sac à bretelles
Et s’en aller à Compostelle
En démarrant de la banlieue
Pour une multitude de lieues
Allant de collines en plaines
Avec, pour Sainte Madeleine
En sa bonne ville de Vézelay,
Un petit bonjour s’il vous plait,
Et c’est ainsi qu’il atterrit
Un soir à Baugy en Berry…
 
Nous le reçûmes avec bonheur
Un peu avant vingt et une heures
Et nous comblâmes son ventre creux
Avec une omelette à quatre œufs,
Tomates, fromages, pommes sautées,
Et friandises chocolatées,
Qu’avec un appétit vorace
Il finit sans laisser de trace,
Avant bien vite d’aller trouver
Repos dans un doux lit rêvé…
 
Il se montra gentil causeur
Et tout le restant de ses heures
Fut consacré pour l’essentiel
A bavarder avec le ciel
Grâce à sa Bible petit format,
Si bien que l’âme et l’estomac
Ainsi sublimement comblés,
Ayant ses forces rassemblé,
Il nous quitta …mais il se peut
Qu’en nos cœurs, il nous reste un peu.
 
A Baugy le 3 mai 2006 - Ludovicus

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Nous les Hôtes « bon chic, bon genre »

Avec sa croix pectorale
Et ses phrases doctorales,
Citant Job et Jérémie
Il semble être votre ami.
 
Mais quel drôle d’énergumène
Notre Seigneur nous amène !
Je suis « Jean dans le désert »
Ajoute-t-il d’un ton disert.
 
Croque-t-il des sauterelles ?
Non, mais nous cherche querelle
Au fait que nos prestations
Sont à base de sélection.
 
-* Vous êtes un peu imbéciles
De dire aux « Sans Domicile »
On ne prend que les meilleurs
Aller vous faire voir ailleurs.
 
Moi, j’ai bien mon crédencial
Mais, c’est la le point crucial,
Sans ce fameux passe-partout,
Pour vous on est rien du tout. -
 
N’est-t-il pas un peu malade
De sortir cette engueulade ?
Pèlerines et pèlerins
Ne mènent pas tous grand train.
 
Sans être des pros de l’errance
Ils ont leur lot de souffrances,
Des divorces, des deuils voire pis,
Quelques chimiothérapies.
 
Alors point de cette censure,
On va vous loger pour sûr,
C’est pas vraiment qu’on y tient
Mais c’est devoir de chrétien.
 
Baugy le 16 septembre 2006 - Ludovicus

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Le pèlerin de compostelle

Au lever du soleil, il part, le pèlerin
Chargé de son barda, le bourdon a la main.
Il sait qu’il lui faudra bien des jours et des jour,
Avant de parvenir au terme du parcours !
Que ce soit à cheval, à pied ou à vélo
Il est long le chemin qui mène a Santiago !
 
Bien armé de courage, il va, le pèlerin
Bravant les éléments, les dangers du chemin,
Ne craignant ni la pluie, ni le soleil brûlant
Soutenu par la foi, l’énergie du croyant.
Que ce soit à cheval, à pied ou à vélo,
Il est dur le chemin qui mène a Santiago !
 
Sur sa route, en passant, il voit, le pèlerin,
De belles cathédrales, des vestiges romains
Des vallées, mesetas, et sierras désertiques,
Des nids sur les clochers et des pueblos antiques.
Que ce soit à cheval, à pied ou à vélo,
Il est beau le chemin qui mène a Santiago !
 
Cheminant, solitaire, il prie, le pèlerin,
Songeant à son passé, à sa vie, son destin.
Pendant de longues heures, il peut, tout a loisir,
Méditer sur son sort, penser à l’avenir.
Que ce soit à cheval, à pied ou à vélo,
Il est valorisant d’aller a Santiago !
 
A l’étape il côtoie les autres pèlerins,
Tous ayant mis leurs pas sur le même chemin,
De toutes conditions, de tous les continents,
Tous unis par la foi, les mêmes sentiments.
Que ce soit à cheval, à pied ou a vélo,
Il est enrichissant d’aller a Santiago !
 
Lorsqu’enfin, tout fourbu, il peut, le pèlerin,
Approcher, à genoux, les reliques du Saint,
Réciter ses prières, et lui offrir son cœur,
Il est tout près du Ciel, submergé de bonheur.
Qu’on y aille a cheval, a pied ou a vélo,
Béni soit le chemin qui mène a Santiago !
 
Janvier 2010 - D. Deloi

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Que l’Amour vous guide en chemin !

Qui que vous soyez, agnostiques,
Chrétiens peu doués ou mystiques,
A vous, les chercheurs d’absolu
En route pour Compostelle, salut !
 
Désencombrés de ces gadgets
Que l’on consomme et que l’on jette,
N’ayant de moteurs que vos pieds
Même s’ils sont parfois estropiés…
Sur notre intoxiquée planète
Pillée par tant de malhonnêtes,
Vous êtes par vos humbles moyens
De gentils écocitoyens,
Amis de l’abeille ouvrière,
De la fleur bleue sous la barrière,
Du papillon en vent coulis
Et du petit oiseau joli.
 
Piétons discrets au cœur sensible,
Ébaucheurs d’avenir possible
Pour nos enfants d’après-demain,
Que l’amour vous guide en chemin !
 
Baugy le 19 janvier 2010 - Ludovicus

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